Le surmulot (Rattus norvegicus), aussi connu sous le nom de rat brun ou rat d’égout, est le rongeur le plus répandu des villes françaises. Un adulte pèse 300 à 500 grammes, sa queue reste plus courte que son corps et ses oreilles sont petites, épaisses et velues : ces trois caractéristiques suffisent à le distinguer du rat noir. Venue d’Asie, cette espèce vit au sol, dans les égouts, les caves et les jardins, où son urine propage la leptospirose.
En bref
- Le surmulot se reconnaît à sa queue plus courte que le corps, son museau arrondi et ses petites oreilles poilues, à l’inverse du rat noir.
- Il vit au sol et dans les sous-sols, nage parfaitement et creuse des terriers, quand le rat noir grimpe et occupe les combles.
- Il transmet la leptospirose par son urine et la salmonellose par ses déjections dans les denrées alimentaires.
- Sa méfiance devant tout objet nouveau explique qu’un poste d’appâtage mette plusieurs jours avant d’être visité.
Comment identifier un surmulot
La confusion entre les deux rats présents en France est fréquente, et elle change le traitement : le surmulot occupe les niveaux bas d’un bâtiment, le rat noir se déplace en hauteur. Le critère le plus fiable est la queue. Chez le surmulot, elle mesure moins que la longueur de la tête et du corps réunis ; chez le rat noir, elle les dépasse nettement. Le museau donne la même information : arrondi chez l’un, effilé chez l’autre.
| Caractéristique | Surmulot (rat brun) | Rat noir |
|---|---|---|
| Poids adulte | 300 à 500 grammes | 150 à 250 grammes |
| Queue | Plus courte que le corps | Plus longue que le corps |
| Oreilles | Petites, épaisses, poilues | Grandes, fines, presque nues |
| Museau | Arrondi | Pointu |
| Pelage | Brun gris, ventre plus clair | Gris sombre à noir, ventre uniforme |
| Silhouette | Massive, trapue | Élancée, légèrement plus fine |
| Niveau occupé | Sol, caves, égouts | Combles, faux plafonds |
La couleur seule ne prouve rien : un surmulot peut paraître très sombre et un rat noir presque gris. Les yeux du surmulot sont petits par rapport à sa tête, et ses pattes postérieures sont larges, adaptées à la course au sol plutôt qu’à l’escalade. Un jeune surmulot de deux mois se confond aisément avec une souris adulte ; la queue épaisse et les grandes pattes le trahissent. La distinction avec les rongeurs de plein champ comme le mulot se joue sur la même observation.
L’origine du rat brun et son arrivée en Europe
L’espèce a été décrite par le naturaliste John Berkenhout en 1769, sous le nom de Rattus norvegicus qui laisse croire à une origine scandinave. Elle est erronée : le surmulot vient du nord de l’Asie, probablement des plaines de Chine et de Mongolie. Son arrivée en Europe date du XVIIIe siècle, par les routes commerciales terrestres puis par mer, à bord des navires marchands.
Le rat noir, lui, occupait le continent depuis l’Antiquité et le Moyen Âge, période durant laquelle il fut associé à la propagation de la peste. Le surmulot l’a ensuite très largement supplanté dans les villes du monde entier, sans que la peste suive le même chemin. Plus grand, plus lourd, plus prolifique, il a repoussé son prédécesseur vers les hauteurs des bâtiments. Cette espèce exotique est aujourd’hui considérée comme l’une des plus envahissantes de la planète, présente sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique.
Le rat domestique élevé comme animal de compagnie et le rat de laboratoire appartiennent à cette même espèce : ce sont des surmulots sélectionnés depuis le XIXe siècle. Rien ne distingue leur biologie de celle des populations sauvages, seul le comportement a été modifié par la domestication.
Le mode de vie du surmulot
Alimentation et territoire
Le surmulot est omnivore avec une nette préférence pour les céréales, les graines et les protéines animales. Sa recherche de nourriture est nocturne : l’activité démarre au crépuscule et se concentre sur les deux ou trois heures qui suivent. Le rayon d’action quotidien reste modeste, de 30 à 50 mètres autour du nid, ce qui explique qu’une colonie se maintienne autour d’un point de ressource stable comme un local à poubelles ou un stockage de céréales mal fermé. Il boit chaque jour et ne s’installe jamais loin d’un accès à l’eau, contrairement au rat noir qui s’en passe mieux.
Une particularité conditionne toute la lutte contre ce rongeur : la néophobie. Le surmulot se méfie de tout objet nouveau apparu sur son territoire et l’évite plusieurs jours avant de s’en approcher. Un poste d’appâtage posé le matin peut donc rester intact une semaine sans que le traitement ait échoué pour autant. Le rat noir, lui, se montre plus curieux.
Reproduction et espérance de vie
La femelle met bas après une gestation de 21 à 23 jours, et la portée compte 6 à 12 petits. La maturité sexuelle est atteinte vers deux à trois mois, et une nouvelle saillie peut suivre la mise bas de quelques jours. Un couple placé dans des conditions favorables engendre plusieurs centaines de descendants en une année. Cette vitesse explique qu’une présence isolée devienne une infestation en quelques semaines.
L’espérance de vie compense en partie cette prolificité : en milieu urbain, un surmulot dépasse rarement 12 à 18 mois. Les mâles sont légèrement plus lourds que les femelles. Le groupe est grégaire et hiérarchisé, les individus dominants occupant les meilleures galeries et mangeant les premiers.
Où le rat d’égout s’installe en ville
Le réseau d’assainissement constitue son habitat de référence : température stable, nourriture continue, absence de prédateur. Mais le surmulot remonte régulièrement par les canalisations, les gaines techniques et les défauts de maçonnerie. Dans un immeuble, il occupe les sous-sols, les vides sanitaires, les locaux poubelles et les caves où le traitement demande un protocole particulier. En extérieur, il creuse des terriers sous les dalles, le long des murs et dans les massifs des jardins et des espaces verts.
À Paris, les effectifs circulant dans la presse générale vont de quatre à six millions d’individus, ou d’un rat par habitant. Aucune de ces informations n’est étayée par un comptage : la Ville ne publie pas d’estimation de population, et aucune méthode de dénombrement fiable n’est disponible à cette échelle. Ce qui se mesure, en revanche, ce sont les signalements et les interventions, en hausse dans les grandes agglomérations françaises.
Quels sont les dangers du surmulot
Les maladies transmises
La leptospirose est le risque principal. La bactérie est excrétée dans l’urine du rongeur et survit plusieurs semaines dans l’eau douce et les sols humides ; la contamination se fait par une plaie, une muqueuse ou une eau souillée. Elle est reconnue comme maladie professionnelle pour les métiers exposés, dont les égoutiers. La salmonellose, elle, passe par les déjections déposées sur les denrées et les surfaces de préparation, ce qui en fait le danger majeur en restauration collective.
Le surmulot peut aussi héberger d’autres agents infectieux, dont le hantavirus de Séoul, et transporter des puces et des acariens. La morsure reste rare mais justifie systématiquement un avis médical, en raison du risque de tétanos et de surinfection. Santé publique France et l’Anses publient les données de surveillance de ces maladies.
Les dégâts matériels
Les incisives du rongeur poussent en continu et doivent être usées : il ronge donc en permanence, y compris ce qu’il ne mange pas. Câbles électriques, gaines, canalisations plastiques et isolants figurent parmi ses cibles, avec un risque d’incendie et de dégât des eaux. Dans les entreprises et les commerces alimentaires, les pertes tiennent surtout aux stocks souillés et à la destruction des emballages, bien plus qu’à ce qui est réellement consommé.
Reconnaître une infestation avant qu’elle s’installe
Les rats se voient peu et se repèrent par leurs traces. Les crottes fraîches, sombres et molles, mesurent 1 à 2 centimètres et se concentrent le long des murs. Les coulées, ces passages luisants laissés par le sébum sur les plinthes et les tuyaux, signalent un itinéraire régulier. S’ajoutent les trous de rongement à bords nets, les traces de terre à l’entrée des terriers, une odeur d’ammoniaque marquée dans un local fermé et des cris aigus derrière une cloison à la tombée de la nuit.
Voir un individu en plein jour n’est pas anodin : cela indique généralement une population dense, les animaux dominés étant contraints de sortir aux heures où la concurrence est moindre. Dans un restaurant soumis à des contrôles d’hygiène, ce signe impose une réaction immédiate.
Les prédateurs et la place du surmulot dans l’écosystème
La chouette effraie, le hibou moyen duc, la fouine, la belette, le renard et le chat comptent parmi ses prédateurs. En ville, leur pression reste faible : les milieux fermés, l’absence de grands rapaces et l’abondance de ressources alimentaires laissent la population croître sans régulation naturelle sérieuse. Compter sur un chat pour tenir une cave est illusoire face à un adulte de 400 grammes.
Sur le plan de l’écologie, le surmulot joue un rôle réel dans les réseaux d’assainissement, où il consomme une part des matières organiques. Cet argument, souvent avancé, ne change rien au constat sanitaire dans les zones habitées. Sur les îles, en revanche, son introduction a provoqué l’effondrement de colonies d’oiseaux marins, et sa présence y est traitée comme une atteinte directe à la biodiversité.
Comment se débarrasser des surmulots
Une dératisation efficace tient en trois volets menés ensemble, et non l’un après l’autre. Le premier est le diagnostic : localiser les terriers, les coulées et les points d’entrée, estimer l’ampleur de la colonie et identifier l’espèce, puisque le traitement diffère selon qu’il s’agit du rat brun ou du rat noir. Le deuxième est la suppression des ressources, sans laquelle aucun appât ne sera compétitif : conteneurs fermés, denrées en bacs hermétiques, aucun sac laissé au sol.
Le troisième volet est le traitement proprement dit. Les appâts rodenticides sont placés en postes sécurisés inaccessibles aux enfants et aux animaux domestiques, jamais en vrac. Leur usage professionnel exige le Certibiocide, et les produits anticoagulants sont soumis à une réglementation stricte depuis 2018. Les pièges mécaniques restent indiqués dans les zones où aucun produit chimique n’est envisageable, notamment en cuisine. En parallèle, l’obstruction des accès par grilles inox, laine d’acier et clapets anti retour sur les canalisations empêche la recolonisation. Le coût d’une intervention dépend surtout de la surface traitée et du nombre de passages nécessaires.
Le règlement sanitaire départemental met à la charge du propriétaire le maintien de son immeuble en bon état d’entretien, ce qui inclut la lutte contre les rongeurs dans les parties communes. Une intervention limitée à un seul logement, dans une copropriété infestée, ne tient jamais : les animaux circulent par les gaines et reviennent.
Prévenir le retour du surmulot
Après traitement, la question devient celle du maintien. Les mesures qui tiennent dans la durée sont simples et matérielles :
- obturer tout passage de plus de deux centimètres, un jeune adulte s’y faufilant sans difficulté ;
- poser des grilles sur les évacuations et vérifier les siphons de sol des locaux techniques ;
- stocker les céréales, croquettes et graines en contenants rigides, jamais en sac papier ;
- sortir les déchets aux heures de collecte et maintenir les conteneurs fermés ;
- tailler la végétation en contact avec les façades et supprimer les tas de matériaux au sol.
Un contrôle périodique des postes reste la seule façon de détecter une reprise avant qu’elle ne redevienne une colonie. Ces gestes rejoignent les principes généraux de prévention applicables à l’ensemble des espèces indésirables.
Questions fréquentes sur le rat brun
- Le surmulot sait-il nager ?
- Oui, et très bien. Il nage sur plusieurs centaines de mètres, plonge et peut remonter par une canalisation d’évacuation, ce qui explique les remontées par les cuvettes de toilettes en rez de chaussée.
- Combien de temps avant de voir un résultat après un traitement ?
- Comptez cinq à quinze jours. La néophobie retarde la consommation des appâts de plusieurs jours, et les anticoagulants agissent ensuite avec un délai, ce qui évite que la colonie associe le poste à un danger.
- Un surmulot mort dégage-t-il une odeur dans les murs ?
- C’est possible pendant une à trois semaines selon la température et la ventilation. Le risque est réduit lorsque les postes sont placés à proximité des accès extérieurs, les animaux regagnant le plus souvent leur terrier.
Urgences Nuisible intervient contre le surmulot dans les logements, les copropriétés, les commerces et les entreprises de Paris et d’Île de France. Le diagnostic identifie l’espèce, l’ampleur de la colonie et les voies de circulation, puis oriente vers le protocole de traitement adapté.







